Ceci tue plus d'entrepreneurs que les problèmes de trésorerie.

Pendant 22 ans, j'ai couru.

Après le chiffre d'affaires.

Après la reconnaissance.

Après les projecteurs, les articles de presse, les poignées de main des gens importants.

Pourquoi tu cours et... après quoi cours-tu ?

Après l'image de l'entrepreneur qui réussit.

J'ai atteint 15 millions d'euros de chiffre d'affaires dans le conseil B2B.

27 salariés. Une entreprise cotée en bourse. Les honneurs.

Et puis je me suis effondré.

C'était la deuxième fois.

La première fois, c'était dix ans plus tôt.

Je n'en ai tiré aucun bénéfice.

Du moins je n'ai pas pris le temps de décanter.

En 40 jours, j'étais reparti.

Plus vite.

Plus gros.

Plus de tout.

Mais cette deuxième fois, dix ans plus tard, les mêmes causes ont produit les mêmes effets : hyper-croissance, ouverture du capital, changement de modèle, perte de sens, perte de contrôle.

Sauf que cette fois, quelque chose s'est brisé en moi.

Pas seulement l'entreprise.

Mais le personnage.

L'image.

Le costume que je portais depuis deux décennies était devenu inconfortable. Pendant les sept mois qui ont suivi, je n'ai pas touché un ordinateur.

Je n'ai pas parlé business.

J'ai interdit à quiconque de m'en parler.

Et c'est dans ce silence que j'ai découvert quelque chose que je veux partager avec toi aujourd'hui.

Pas encore inscrit ?

Voilà le vrai piège.

Vouloir être reconnu... ET EN MÊME TEMPS... vouloir être libre.

C'est incompatible.

Si tu veux être reconnu, tu dois plaire.

Si tu dois plaire, tu dois te conformer.

Si tu te conformes, tu perds ta singularité.

Si tu perds ta singularité, tu n'as plus rien à offrir qui soit vraiment toi.

C'est le moment où tu commences à juger ton travail au travers de l'idée que tu penses que les autres ont de toi. Au travers de l'idée que tu voudrais qu'ils aient de toi.

Que faire alors ?

Accepter l'obscurité. Non pas la médiocrité, mais l'obscurité :

  • Faire ton travail.

  • Construire dans l'ombre.

  • Servir ceux qui résonnent avec toi.

  • Laisser les autres faire du bruit pendant que toi, tu parfais ton oeuvre.

Cela demandera d'adopter une nouvelle règle de vie, pas si évidente de nos jours.

Se désintéresser des dires et des actes des autres.

Pas les ignorer.

Pas les mépriser.

S'en désintéresser. C'est une nuance fondamentale.

Ignorer, c'est faire semblant de ne pas voir.

Ça demande de l'énergie.

Ça crée de la tension.

Mépriser, c'est se placer au-dessus.

C'est de l'ego déguisé en sagesse.

Se désintéresser, c'est autre chose.

C'est constater que les opinions des autres sur toi, sur ton travail, sur tes choix... ne te concernent pas.

Ça parle d'eux.

De leurs peurs.

De leurs projections.

De leurs propres batailles intérieures.

Quand quelqu'un critique ton prix, il parle de son rapport à l'argent.

Quand quelqu'un dit que tu ne réussiras pas, il parle de ses propres échecs.

Quand quelqu'un te félicite avec excès, il cherche à obtenir ta considération.

Comment j'y fais face moi-même ?

Imagine un manteau.

Pas un manteau qui te coupe du monde.

Mais qui te protège du froid (= jugements). De la pluie (= opinions). Du vent ( = modes).

Trois éléments contre lesquels tu ne peux agir.

Contre lesquels tu ne peux que te couvrir.

Pour que ça ne pénètre pas.

Ce manteau atténue ta réceptivité aux stimuli extérieurs qui provoquent les successions rapides d'humeurs hautes et d'humeurs basses (cyclothymie) :

  • Un client satisfait ? Euphorie.

  • Un client mécontent ? Dépression.

  • Un article de presse ? Flotter pendant une semaine.

  • Une critique ? Ruminer pendant un mois.

J'ai mis du temps à comprendre. À bien y réfléchir, j'étais une éponge émotionnelle. Chaque regard, chaque commentaire, chaque haussement de sourcil produisait sur moi une variation.

C'est à dire que ma paix intérieure n'était pas stable.

Elle était sujette à l'aléa, à la surprise.

Et pouvait être remise en cause par tout ce qui fait le quotidien de l'entrepreneur.

Je ne la maîtrisais pas.

Elle était variable.

J'étais variable.

Les réseaux sociaux amplifient cela.

Les likes ne sont pas de l'amour.

Les commentaires ne sont pas de la connexion.

Les abonnés ne sont pas une communauté.

Ce sont des métriques.

Des chiffres.

Du bruit.

Je connais des créateurs avec 100 000 abonnés qui n'arrivent pas à remplir une formation à 500€. Et des inconnus avec 2 000 abonnés qui génèrent 300 000€ par an.

Les premiers cherchent l'approbation populaire.

(= validation et permission)

Les seconds émettent un signal qui attirent ceux qui vibrent comme eux.

(= liberté et plaisir d'être)

Au final, une seule question importe :

Peux-tu te regarder fixement dans un miroir et apprécier ce que tu vois ?

  • Pas "est-ce que les autres approuvent"

  • Pas "est-ce que ça marche sur LinkedIn"

  • Pas "est-ce que je gagne assez"

Mais l'auto-critique sincère de ce que tu fais, dis et construis.

Une évaluation fiable au travers de ton propre prisme.

L'exercice n'est pas simple.

J'en conviens.

Au début tenir ce regard me créait une gêne réelle.

Même quand les résultats étaient bons.

Pire quand je n'atteignais pas l'objectif.

Ce que peu d'entrepreneurs savent faire.

Créer un espace en soi.

Un repère et refuge au sein duquel les tempêtes extérieures ne t'atteignent plus de la même façon : elles passent certes, mais toi tu restes stable.

Un endroit qui ne fait écho ni aux likes, ni aux commentaires, ni revenus du mois, ni aux regards des autres.

Un tiers lieu qui, chaque fois que tu y penses, fait retomber la tension qui s'est accumulée entre les épaules et les omoplates. Tension qui ne se libère que quand tu en prends conscience. Comme à cet instant.

Cet endroit où tu te réfugies plusieurs fois par jour.

Pour sortir de l'apnée, et retrouver ton rythme.

En vérité, j'ai compris tard que cet endroit a un nom : ralentir.

Ce n'est pas un exercice intellectuel.

C'est une pratique.

Chaque jour le monde te sollicite : les notifications, les comparaisons, les regards, les jugements, les attentes.

Chaque jour, tu auras le choix :

Te laisser traverser par tout cela.

Devenir une éponge émotionnelle.

Vivre en réaction.

Ou :

Enfiler ton manteau d'indifférence.

Rentrer dans ton refuge.

Agir depuis cet endroit stable.

Le premier chemin mène à l'épuisement.

Je l'ai emprunté à mes dépens, pendant 22 ans.

Le deuxième mène à la souveraineté.

C'est celui que j'arpente aujourd'hui... en trébuchant encore souvent !

Tu n'es pas obligé de me croire.

Je t'invite à expérimenter.

Pendant une semaine, observe ce qui se passe quand tu te désintéresses des dires et des actes des hommes.

Pas les ignorer.

Pas les mépriser.

Te désintéresser.

Observe l'énergie que tu récupères.

Observe la clarté qui émerge.

Observe les décisions qui deviennent plus simples.

Recevoir les prochaines publications.

Partager l'article

Lionel Lucide

Ex-patron 15M€, 22 ans d'entrepreneuriat, 2 faillites, reconverti solo.

J'accompagne les entrepreneurs dans leurs transitions. Ceux qui savent qu'ils ne peuvent pas continuer comme avant, mais qui hésitent encore face à l'inconnu.

© 2026 Lionel Lucide — Tous droits réservés.